L'histoire de l'hiver

Fille d'automne
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Les mots de Lucie

La boule de Noël

En 1913, à Nice, dans le Sud de la France, une petite-fille de 5 ans, portant le doux prénom d’Estelle a vécu une très jolie histoire.

Nous étions en Décembre, quelques jours avant le réveillon de Noël. Il faisait bon, le soleil du Sud de la France ne prend jamais de vacances, même en Hiver.  Estelle, cette petite fille brune, assez maigre, vêtue d’un petit manteau rafistolé par sa grande sœur, venait de sortir de l’école. Son papa, qui élevait seul ses 4 enfants, était venue chercher la petite dernière qui avait hâte de ranger ses petits cahiers d’écolière afin d’aller jouer avec ses frères et sœurs dans le petit appartement qui abritait cette famille assez pauvre, mais dont le foyer était remplie d’amour. Mais ce jour-là, le papa de cette petite fille douce et rêveuse, décida d’emmener Estelle boire un 

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chocolat chaud au “Café de Turin” brasserie niçoise, ouverte quelques années plus tôt, en 1908 à l’entrée du Vieux-Nice, dite: “La vieille ville.  Le papa d’Estelle, cordonnier de métier, n’avait pas les moyens d’offrir des cadeaux à ses enfants à Noël. Chaque année, chacun de ses petits, recevait une orange au matin du 25 Décembre.  C’était le seul présent qu’il pouvait leur offrir. L’orange était considérée au début du siècle comme un fruit délicat, destiné aux grandes occasions pour les familles les plus pauvres.

Mais cette année-là, au café de Turin, attablée à l’intérieur de ce lieu plus grand et plus beau que tout ce qu’elle avait vu jusqu’à présent, Est-elle ne savait plus où regarder avec ses petits yeux émerveillés par les moulures en bois de chêne, les lumières douces et les toilettes des femmes installées à côté d’elle. En tournant la tête, derrière le bar central, elle remarqua un gigantesque sapin de Noël.  Celui-ci était décoré de lumières, de guirlandes, de boules rouges et vertes qui brillaient de mille feux. 

Elle resta un moment immobile, absorbée par la beauté de ce spectacle magique. Le jeune serveur lui servit son chocolat chaud, dont elle se délecta sous les yeux aimants et fiers de son père. Elle pris son temps pour le déguster, ne voulant pas en perdre une seule goutte. Mais ses yeux n’arrivaient pas à se défaire de ce magnifique sapin. Elle n’osait même pas s’en approcher. De peur, peut-être de ne pas se sentir assez légitime pour pouvoir toucher ce qui était, à ses yeux, une œuvre d’art.

Une fois son chocolat chaud terminé,  son papa se leva pour payer l’addition avec quelques économies, et dit à Estelle qu’il était temps de rentrer à la maison.   La petite fille se leva et parti en direction de la sortie en tenant la main de son papa lorsque le jeune serveur qui lui avait servi le chocolat chaud s’approcha d’elle en lui demandant de fermer les yeux et de tendre ses deux petites mains. Lorsqu’elle rouvrit ses yeux, elle tenait dans ses mains, une magnifique boule de Noël rouge et verte avec des décorations dorées peintes à la main. Le jeune serveur lui dit à l’oreille:  Je t’ai vu regarder les décorations. Alors, je te l’offre. Joyeux Noël.

 

Elle n’en revenait pas. Elle le remercia et hésita à partir avec ce précieux cadeau entre les mains de peur que tout cela ne soit qu’un mirage. Son père, avait lui aussi les larmes au yeux face à la beauté de ce geste. De retour à la maison, elle raconta cette histoire à ses frères et sa grande soeur, en prenant bien soin de poser cette boule au centre de la table à manger familiale afin que tout le monde puisse en profiter. 

Le Noël de cette année 1913, fut le plus beau souvenir de fêtes de sa vie. Lorsque bien des années plus tard, Estelle est devenue maman d’une petite fille, elle était fière de pouvoir lui offrir des cadeaux grâce à son travail de couturière et de celui de son mari, contremaître, mais, jamais, elle n’a oublié le cadeau de ce jeune serveur en 1913. Elle a gardé cette boule de Noël pendant des décennies et des décennies.

 

Voilà comment, par un simple geste, un homme a changé le Noël d’une petite-fille. Estelle, je l’ai connu.  Elle était mon arrière grand-mère et m’a raconté cette histoire tant de fois que je tenais à vous la partager. À l’écrire, avec tous les détails dont je me souviens pour ne jamais oublier.  Voilà comment, par un simple geste, un homme a changé le Noël d’une petite-fille. Estelle, je l’ai connu. 

Elle était mon arrière grand-mère et m’a raconté cette histoire tant de fois que je tenais à vous la partager. À l’écrire, avec tous les détails dont je me souviens pour ne jamais oublier. 

Joyeux Noël !

Lucie Bernardoni